Mis en ligne le 26/11/2008
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Les mutilations génitales féminines touchent près de 135millions d'Africaines. Elles font aussi des victimes en Europe dans des familles immigrées. La Belgique n'a cependant toujours pas de plan d'action national.
A toutes les victimes qui n'ont jamais eu le droit à la parole, je dis : on peut être frappée, violée, mais on peut toujours se relever." Diaryatou Bah n'a que 23ans, mais semble avoir vécu plusieurs vies déjà. Son histoire, son "enfance volée" comme elle le dit, cette jeune Guinéenne, mélange de douceur et de détermination, la raconte sans fard : la naissance dans une famille de 32frères et s½urs, le mariage forcé à 14ans à un marabout polygame et violent, l'arrivée en Europe avec de faux papiers, les grossesses qui finissent mal, une vie recluse et sans le sou. L'excision aussi, à 8ans. "Il fallait accompagner une dame dans la brousse. On ne m'a pas dit ce que c'était. Je savais juste que je devais y passer comme toutes les autres filles du village. Trois personnes m'ont attrapée... Le couteau avait déjà été utilisé trois fois..." , raconte-t-elle, de passage à Bruxelles, en ce mardi, Journée européenne contre les mutilations génitales féminines.
Elles sont 135millions, les Africaines comme Diaryatou Bah, à avoir été excisées (une ablation d'une partie du clitoris et des petites lèvres) ou infibulées (avec ablation des grandes lèvres et suture des moignons), risquant, outre une douleur extrême et une hémorragie potentiellement mortelle, des infections urinaires et génitales à répétition, des accouchements fatals pour la mère et l'enfant, des douleurs lors des rapports sexuels, des dépressions. Troismillions de fillettes sont menacées chaque année. Somalie, Egypte, Djibouti, Mali et Soudan restent les pays les plus touchés par une gangrène qui sévit également au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique latine et dans les pays d'accueil des migrants, européens notamment.
Des demandes en Belgique
Contrairement à la France ou au Royaume-Uni, les chiffres manquent pour évaluer le phénomène en Belgique. Plus de 3 000victimes vivraient dans le pays, et "280filles sont nées en Communauté française en2007 d'une mère originaire d'un pays où l'excision se pratique" , indique Fabienne Richard, la coordinatrice nationale du programme européen Daphné, qui lutte contre les violences faites aux enfants et aux femmes. "Des parents qui vivent en Belgique cherchent encore aujourd'hui à faire exciser leurs filles. Des demandes ont été faites à des gynécologues, six en Flandre et huit en Communauté française", ajoute cette sage-femme qui travaille pour le Groupement pour l'abolition des mutilations génitales féminines (Gams). Certes, une loi datant de2001 interdit l'excision, mais "elle n'a pas vraiment été mise en ½uvre pour protéger les petites filles" . Aucune condamnation n'a été prononcée, aucun cas n'est remonté jusqu'au parquet. Or, "que font les familles quand les médecins auxquels elles se sont adressées leur ont dit non ?"
Malgré les promesses et les tentatives - celle de l'ex-secrétaire d'Etat Gisèle Mandaila notamment -, aucun plan d'action national officiel et budgétisé n'a jusqu'ici vu le jour en Belgique. "Il est temps de réagir" , s'impatiente le Gams, et d'accélérer la mise en place d'un plan contre les violences faites aux femmes, qui s'attaque également aux mutilations génitales, comme le préconise l'accord de gouvernement et la note de politique générale de Joëlle Milquet. "Il ne faut pas s'enfermer dans la lutte contre les violences conjugales" , confirme la ministre de l'Emploi et de l'Egalité des chances. Mais les discussions en cours ne vont pas en ce sens...
En attendant, Diaryatou Bah prône l'éducation - son salut. "La liberté, c'est lire et écrire , insiste-t-elle. Quand on est ignorant, les choses que pensent les autres sont plus importantes que ce que nous pensons." Comme oser refuser l'excision, par exemple.