moi et la Ministre en guinée

moi  et la Ministre en guinée
espoir et combats de femmes

# Posté le vendredi 12 décembre 2008 20:25

Modifié le vendredi 12 décembre 2008 20:36

Un petit bout du corps des filles

Un petit bout du corps des filles

C'était la journée contre les violences faites aux femmes, hier. L'excision en fait partie. Le récit des victimes est hallucinant. Témoignage.

Pascale SERRET


Son nom est une chanson douce : Diaryatou Bah. La Guinéenne raconte toute sa vie en un seul souffle. Comme si elle avait peur d'être interrompue. « J'ai eu l'impression de me taire pendant 40 ans.» Sa vie est plus courte que ça. Elle n'a que 23 ans, mais déjà presque 5 ans de rébellion. Invitée par le Gams ( * ), Diaryatou, qui vit aujourd'hui à Paris, est venue à Bruxelles pour raconter sa trajectoire effarante dans une salle de conférence... pleine de femmes.

«Ça» devait m'arriver
Elle a une grande famille, Diaryatou. «Mon papa avait quatre femmes et trente-deux enfants. C'est ma grand-mère qui m'a élevée.» Un jour, une femme vient dire bonjour à sa grand-mère. Et la dame l'emmène avec elle. La gamine a 8 ans. C'est l'âge où la plupart des petites Guinéennes sont excisées. «Je savais que "ça" devait m'arriver. Mais je ne savais pas quoi exactement.» Au bout du chemin, ils sont trois. Ils l'attrapent et ils la coupent entre les jambes avec un couteau qui avait déjà servi pour d'autres petites filles. Trois semaines d'enfer.

Sa grand-mère meurt. La petite part pour la capitale, Conakry. «On me fait entrer à l'école à 10 ans et demi». Trop court pour apprendre quoi que ce soit. Son père la marie à 14 ans, avec un homme qui, justement, a l'âge de son père et prétend travailler pour l'Union Européenne aux Pays-Bas. Elle va le rejoindre là-bas. À l'aéroport, elle ne reconnaît même pas cet homme qu'elle a vu deux fois.

«Moi, dans le rêve et l'innocence, je crois au paradis européen», dit-elle, le poing au creux de la nuque. Elle entre «au paradis» avec de faux papiers qui assurent qu'elle a 25 ans. Elle en a 11 de moins et elle ne sait rien de rien. C'est quoi, être mariée? Être vierge? C'est quoi obéir «sinon je te renvoie au pays»? Pourquoi ces maux de ventre? Son mari tout neuf ne vient même pas la chercher pour aller à l'hôpital. Elle est toute seule quand une chair inconnue sort d'elle brutalement. «J'ai perdu mon bébé alors que je ne savais même pas que j'étais enceinte de quatre mois.» Elle comprend aussi que son mari, qui la frappe sans retenue, est en réalité marabout et qu'il a déjà plusieurs épouses.

Elle sera à nouveau enceinte à 15 ans et demi. Et heureuse de l'être. «Comme toutes les femmes...» Elle le perd aussi, ce bébé-là. Cette fois, au bout de neuf mois. «C'était trop tôt lors de la première échographie faite ce jour-là. J'ai dû rentrer chez moi. J'avais mal. Mon mari n'a pas voulu me ramener à l'hôpital un peu après. C'était trop tard à la deuxième échographie. On m'a regardé dans les yeux et on m'a dit : "Votre bébé est mort depuis vingt minutes"...»

«On peut se sauver»
Déménagement vers la France. Dans leur studio de 15 m2, Diaryatou est toujours toute seule. Ses meilleures copines sont la radio et la télé. Et c'est à la télé qu'elle voit une femme témoigner des brutalités dont elle était victime. Et de sa mutinerie.

On peut donc se sauver d'une vie comme ça? Des gens peuvent vous aider? Elle griffonne deux lettres saisies au vol : AS. Comme assistante sociale. Pour elle, c'est le début de la liberté. La mécanique se met en marche. Elle ment à son mari, obtient un certificat de naissance (ses premiers vrais papiers), s'évade du studio, vit six mois dans la rue à Paris, finit par se poser dans un foyer étudiant. D'ailleurs, elle étudie. Diaryatou a la ferme intention de devenir infirmière. «J'ai appris qu'on pouvait être frappée, violée à répétition mais qu'on pouvait se rebeller. Et puis, plus jamais un homme ne me fera un chèque!»

Elle a écrit un livre qu'elle a intitulé On m'a volé mon enfance. Et tout un pan de sa vie de femme.

Gams : groupement d'hommes et de femmes africains et européens contre les mutilations sexuelles féminines.

# Posté le mercredi 10 décembre 2008 20:45

Modifié le jeudi 11 décembre 2008 16:03

L'excision émigre aussi vers l'Europe

L’excision émigre aussi vers l’Europe
Mis en ligne le 26/11/2008
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Les mutilations génitales féminines touchent près de 135millions d'Africaines. Elles font aussi des victimes en Europe dans des familles immigrées. La Belgique n'a cependant toujours pas de plan d'action national.
A toutes les victimes qui n'ont jamais eu le droit à la parole, je dis : on peut être frappée, violée, mais on peut toujours se relever." Diaryatou Bah n'a que 23ans, mais semble avoir vécu plusieurs vies déjà. Son histoire, son "enfance volée" comme elle le dit, cette jeune Guinéenne, mélange de douceur et de détermination, la raconte sans fard : la naissance dans une famille de 32frères et s½urs, le mariage forcé à 14ans à un marabout polygame et violent, l'arrivée en Europe avec de faux papiers, les grossesses qui finissent mal, une vie recluse et sans le sou. L'excision aussi, à 8ans. "Il fallait accompagner une dame dans la brousse. On ne m'a pas dit ce que c'était. Je savais juste que je devais y passer comme toutes les autres filles du village. Trois personnes m'ont attrapée... Le couteau avait déjà été utilisé trois fois..." , raconte-t-elle, de passage à Bruxelles, en ce mardi, Journée européenne contre les mutilations génitales féminines.

Elles sont 135millions, les Africaines comme Diaryatou Bah, à avoir été excisées (une ablation d'une partie du clitoris et des petites lèvres) ou infibulées (avec ablation des grandes lèvres et suture des moignons), risquant, outre une douleur extrême et une hémorragie potentiellement mortelle, des infections urinaires et génitales à répétition, des accouchements fatals pour la mère et l'enfant, des douleurs lors des rapports sexuels, des dépressions. Troismillions de fillettes sont menacées chaque année. Somalie, Egypte, Djibouti, Mali et Soudan restent les pays les plus touchés par une gangrène qui sévit également au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique latine et dans les pays d'accueil des migrants, européens notamment.

Des demandes en Belgique

Contrairement à la France ou au Royaume-Uni, les chiffres manquent pour évaluer le phénomène en Belgique. Plus de 3 000victimes vivraient dans le pays, et "280filles sont nées en Communauté française en2007 d'une mère originaire d'un pays où l'excision se pratique" , indique Fabienne Richard, la coordinatrice nationale du programme européen Daphné, qui lutte contre les violences faites aux enfants et aux femmes. "Des parents qui vivent en Belgique cherchent encore aujourd'hui à faire exciser leurs filles. Des demandes ont été faites à des gynécologues, six en Flandre et huit en Communauté française", ajoute cette sage-femme qui travaille pour le Groupement pour l'abolition des mutilations génitales féminines (Gams). Certes, une loi datant de2001 interdit l'excision, mais "elle n'a pas vraiment été mise en ½uvre pour protéger les petites filles" . Aucune condamnation n'a été prononcée, aucun cas n'est remonté jusqu'au parquet. Or, "que font les familles quand les médecins auxquels elles se sont adressées leur ont dit non ?"

Malgré les promesses et les tentatives - celle de l'ex-secrétaire d'Etat Gisèle Mandaila notamment -, aucun plan d'action national officiel et budgétisé n'a jusqu'ici vu le jour en Belgique. "Il est temps de réagir" , s'impatiente le Gams, et d'accélérer la mise en place d'un plan contre les violences faites aux femmes, qui s'attaque également aux mutilations génitales, comme le préconise l'accord de gouvernement et la note de politique générale de Joëlle Milquet. "Il ne faut pas s'enfermer dans la lutte contre les violences conjugales" , confirme la ministre de l'Emploi et de l'Egalité des chances. Mais les discussions en cours ne vont pas en ce sens...

En attendant, Diaryatou Bah prône l'éducation - son salut. "La liberté, c'est lire et écrire , insiste-t-elle. Quand on est ignorant, les choses que pensent les autres sont plus importantes que ce que nous pensons." Comme oser refuser l'excision, par exemple.

# Posté le mercredi 10 décembre 2008 19:57

Modifié le mercredi 10 décembre 2008 20:27

diary

diary
bonjour merci de votre visite

# Posté le lundi 15 septembre 2008 11:41